Pied marin

Pied marin
J’aurais tant aimé voir les finisterres
se détacher au loin, sortir de la mer,
revenant, après mille années-lumière
d’un voyage à bord de la Terre.
J’aurais aimé t’emmener
vivre sur Cythère,
Laisser couler les jours bleus
au bord de l’Egée,
si légers, tes pieds nus
sur le sable clair,
si légère, ta folie passagère.

     Mais tu n’as pas le pied marin.
     Non, tu n’as pas le pied marin.
     Et les voyages en solitaire
     n’ont rien pour te plaire.

J’aurais aimé, au gré
du vent et de l’air
laisser voguer nos vies
tellement éphémères
à l’approche du port
de Belle-Île-en-Mer,
regarder s’ouvrir
tes paupières.

On aurait tissé des liens,
les filets de nos quatre mains.
On aurait pêché l’aiglefin
pour calmer la faim.
Se perdre et puis se retrouver
dans tes cheveux décoiffés.
Nos larmes à jamais noyées
dans l’eau salée !

     Mais tu n’as pas le pied marin.
     Non, tu n’as pas le pied marin.
     Et les voyages en solitaire
     n’ont rien pour te plaire.